Illustration par Charles Nouveau

Devoir de mémoire

À l’essai sur les feux suédois une littérature révélatrice le génocide rwandais de Gil Courtemanche l’influence indélébile des mentors.

Combien de fois racontons-nous notre propre histoire? Combien de fois ajustons-nous, embellissons-nous, coupons-nous en douce ici ou là? Et plus on avance en âge, plus rares sont ceux qui peuvent contester notre version, nous rappeler que cette vie n’est pas notre vie, mais l’histoire que nous avons racontée au sujet de notre vie. Racontée aux autres, mais – surtout – à nous même.
— Julian Barnes

 

Tout ça s’est passé autour d’un feu. Durant la dernière semaine de notre échange étudiant, nous avions loué une petite summerhuset près d’un lac au nord d’Uppsala. Nous étions cinq étudiants de langues et d’horizons différents, assis autour d’un feu, bien enfoncés dans une nuit d’été typiquement suédoise. Une de ces nuits trop claires à laquelle l’étranger concède rapidement quelques repères. Coupe de vin de basse qualité à la main, fixant l’ondulation des flammes, j’ai demandé à l’ami assis face à moi à quel moment il avait su dans quelle discipline il allait forger son parcours scolaire. Ce dernier complétait des études de deuxième cycle en physique et cette fascination pour cette matière avait pour moi quelque chose d’obnubilant, de vertigineux. Comment un gars, en l’occurrence un Belge flamand, avait-il pu un jour décider que la physique était le clou sur lequel il désirait frapper pour une bonne partie de sa vie? Quel est le moment charnière qui l’a mené vers cette décision? Comment cet intérêt, ce désir, était-il né? Alors que je posais cette question et que, du même coup, je mettais en branle une longue conversation, je ne me doutais pas qu’elle ferait le tour du feu pour me retrouver. Je ne me doutais pas que je venais d’énoncer une question à laquelle je n’avais moi-même jamais réfléchi.

Je ne me doutais pas que je venais d’énoncer une question à laquelle je n’avais moi-même jamais réfléchi.

Plus j’écoutais les réponses de mes amis, plus un creux s’installait dans ma tête, et je m’enfonçais, cherchant désespérément la réponse à cette question. Comment s’est construite la personne que je suis devenue? Par quel mécanisme de répétition, de recherche ou encore de curiosité puis-je expliquer la somme des connaissances et des intérêts que je possède en ce moment même? Celui qui rêve de maitriser la guitare jazz alors que son père est trompettiste n’a pas à chercher bien loin. Celle qui révise avec passion ses notes sur l’anesthésie et dont la mère est urgentologue non plus. Mais celui ou celle qui, comme moi, est l’un des seuls à entamer un parcours universitaire dans sa famille élargie, ou qui, comme moi, cumule certaines passions comme la lecture et le cinéma, sans en trouver la source dans l’un de ses mondes sociaux rapprochés devra chercher plus loin. Il ou elle devra retrouver un certain lien de causalité, dans l’optique de retracer les moments charnières, les instants où sa personne s’est construite, petit à petit, sans qu’il ou elle ait remarqué les jalons existentiels qui s’étaient dessinés.

Plus la question passait d’ami en amie, plus le temps que je possédais pour livrer une réponse cohérente et honnête s’écoulait. Alors que je remontais le fil de mes pensés, que je revisitais dans le sens contraire le parcours décisionnel qui m’avait mené autour de ce feu dans une forêt suédoise, complétant des études sur les États-providence scandinaves, plus chaque brique semblait s’insérer dans la précédente sans pour autant trouver la fondation qui devait former la personne que j’étais devenue. Chaque livre me menait à un précédent, chaque question politique me menait à une plus générale, chaque vision sociale me menait à une plus naïve que j’épousais surement avec conviction et candeur à l’époque. Par contre, jamais je ne mettais le doigt sur la brique mère, sur la réponse fondamentale à cette question.

Soudainement, un moment m’a frappé. J’ai tenté alors de le cerner, de le traverser, de n’en faire encore qu’une énième brique dans cette chaine de causalité, mais je n’y parvenais pas. Plus je tentais, plus le moment en question résistait, et plus ce dernier se présentait comme celui que je cherchais. Et c’était tant mieux. Car au moment où je le réalisais, il y avait déjà un silence qui attendait que je me prononce, un silence meublé seulement par le doux crépitement du feu. Les regards s’étaient tournés sur moi. Moi, je regardais mon verre. J’ai bu une gorgée, et j’ai raconté.

J’avais 13 ans. J’amorçais ma deuxième année du secondaire dans une nouvelle école, avec une nouvelle cohorte. En français, nous devions lire La route de Chifla de Michèle Marineau, tâche dont je me suis acquitté assez rapidement, me retrouvant donc sans rien à lire. J’ai alors décidé de questionner mon enseignante pour qu’elle m’aiguille vers quelques bons titres, ce qu’elle a fait avec grand plaisir. Liste en main, j’ai fait un arrêt à la bibliothèque de mon quartier pour y emprunter quelques volumes. J’ai passé les semaines qui ont suivi à dévorer l’oeuvre d’un auteur de polars français. Je me rappelle encore de ces quatrièmes de couverture sur lesquelles on ne trouvait qu’une seule phrase, toujours évocatrice et dérangeante, nous obligeant à commencer la lecture du roman si on voulait savoir de quoi il en tenait.

Il existe, quelque part en Asie du Sud-Est, entre le tropique du Cancer et la ligne de l’Équateur, une autre ligne. Une ligne noire jalonnée de corps et d’effroi.
— Jean-Christophe Grangé

Il n’y avait pas là matière à une épiphanie littéraire, mais simplement la découverte du plaisir qu’on pouvait prendre à tourner les pages, à suivre des personnages, à errer sur des scènes de crime, surtout lorsqu’il y avait un coupable à la clé. À cette époque, je n’étais pas encore un grand lecteur, loin de là, mais j’étais déjà en voie de le devenir. Je me rappelle encore très distinctement de mon premier choc littéraire, quelques années plus tôt, à la lecture de Ma vie zigzague de Pierre Desrochers. Le récit d’une amitié qui se tisse entre deux adolescents dans un pavillon hospitalier pour les enfants atteints de cancer. La finale m’avait tant touché; une boule dans la gorge, une larme à l’oeil. Ça avait été un moment à la fois beau et troublant pour l’enfant d’une dizaine d’années que j’étais.

Après quelques polars, il ne restait plus qu’un livre sur la liste que mon enseignante m’avait donnée. J’ai erré quelques instants dans les rangées avant de tomber sur ledit bouquin, que j’ai emprunté sans hésiter. Il s’agissait d’Un dimanche à la piscine à Kigali de Gil Courtemanche. Il me semblait beaucoup moins volumineux que les autres, je croyais n’en faire qu’une bouchée, m’attendant à y retrouver le même genre de romans noirs que j’avais lus précédemment. Je l’ai effectivement lu rapidement, dévoré en trois ou quatre jours, tout au plus. Je n’avais toutefois pas prévu que ces pages allaient m’accompagner pour les décennies suivantes, je n’avais pas prévu qu’elles allaient jouer un rôle si primordial sur la personne que j’allais devenir. Je n’avais surtout pas prévu que ces pages allaient m’obnubiler pour les semaines suivant ma lecture. Je n’avais surtout pas prévu que ces pages allaient me faire pleurer Cyprien et Méthode, me faire haïr le monde tout en y trouvant quelques facettes d’une effroyable beauté. Je n’avais pas prévu que j’allais aller à la rencontre de la littérature.

Notre enseignement et notre foi parlent de la dignité de l’homme, de respect, de justice et de charité. Magnifique parole vide de réalité, parce que depuis des décennies nous cautionnons au nom d’un avenir improbable et d’une éternité abstraite les pires crimes qu’on puisse imaginer.
— Gil Courtemanche

En quittant les pages de Courtemanche, je me suis isolé à la bibliothèque au moindre temps libre. J’y découvrais le savoir intarissable de Wikipédia tout en corroborant ces articles de quelques ouvrages sur le génocide. Furetant entre les articles sur les différents génocides, ceux sur Roméo Dallaire, sur Kigali, sur l’histoire et la géographie du Rwanda, ceux illustrant les physionomies Tutsi et Hutu, ou ceux m’expliquant trop savamment ce qu’étaient les Casques bleus et d’où provenait le SIDA; je tentais de répondre aux questions qui n’avaient cessé de s’installer dans ma tête, questions tantôt d’une candide naïveté, tantôt d’un humanisme exacerbé. Il faut comprendre qu’à la fermeture du bouquin, je ne pouvais concevoir que l’action emprisonnée dans ces pages avait pu réellement se dérouler; qu’ici la fiction n’était pas dans la violence du propos, mais plutôt dans la véracité de certains personnages. Je ne pouvais concevoir les chiffres. 800 000 morts en quelques semaines. Je ne pouvais concevoir ces meurtres arbitraires, guidés par quelques traits physiques et propulsés par une haine viscérale transmise de génération en génération et provenant de colons fous de Dieu qui n’avaient que faire du drame à venir. Je ne pouvais concevoir ces actes perpétrés au vu et au su de tous, déferlant la manchette sans jamais engendrer quelconques agissements d’une communauté internationale demeurée béate face au problème. Je tentais de comprendre pourquoi nous, Québécois, Canadiens, n’étions tout simplement pas intervenus en ces terres pour mettre fin au carnage. Ces incompréhensions à la fois naïves et pertinentes forgeraient la personne que j’allais devenir. Ce roman, tant par le fond que par la forme, allait mouler mes convictions, diriger mes intérêts, mes conceptions du monde ainsi que mes fascinations littéraires.

Au même moment où je racontais cette histoire aux gens du feu et des quatre coins de l’Europe, un frisson me parcourait. Je réalisais au même moment l’importance de cette liste dressée par mon enseignante, une dizaine d’années plus tôt. Me remémorant tant l’histoire que le contexte dans lequel j’avais découvert cette œuvre. Je ne cessais de bâtir des ponts entre la personne que j’étais devenue et cette lecture. Au même moment où je réalisais le tout, je complétais un baccalauréat en études internationales, ayant étudié les relations internationales et les relations économiques supranationales. J’avais simulé les Nations Unies à New York l’année précédente en compagnie d’universitaires de partout à travers le globe. J’avais complété plutôt mon diplôme d’études collégiales en enjeux internationaux, comme si j’avais toujours su ce qui me passionnait. Ces choix académiques devaient être en lien avec cette lecture marquante, avec ce moment charnière.

C’est aussi à ce même moment que la littérature m’a happé de plein fouet. J’ai alors compris que ces livres pouvaient me faire voir et comprendre le monde; ils pouvaient m’émouvoir, me bousculer, me chambouler, m’aspirer. Ils pouvaient à la fois m’extraire du monde et m’y projeter. Il y avait là, soudainement, un domaine du possible. Le libraire que j’étais devenu comprenait désormais ses racines. Au-delà du travail en librairie, la littérature accaparait — comme elle le fait aujourd’hui — une grande partie de ma vie. Étant membre du comité de sélection du Prix des libraires, animateur de radio pour une émission littéraire ainsi que collaborateur dans le domaine pour trois autres émissions, la vie m’avait transformé en passeur littéraire. J’aime partager l’amour de la littérature comme un des secrets les mieux gardés du 21e siècle. Comme un des derniers remparts à l’ignorance, à la fois flamme vive et brasier, force tranquille et puissante, la littérature va bien au-delà du divertissement, elle fait éclater ornières et frontières, nous outillant afin de porter un regard à la fois lucide et humain sur le monde qui nous entoure ainsi que sur la société dans laquelle on évolue. Je savais maintenant pourquoi je pense de cette manière, pourquoi je cultive une telle passion, d’une telle façon.

Si vous saviez le bien que ça fait. Retracer le cours des jours pour se rendre à une conclusion à la fois aussi particulière qu’inusitée. Découvrir, sur le tard, ce lien oublié mais inestimable entre une enseignante et vous. Je peux enfin dire que cette femme a joué un rôle fondamental pour la personne que je suis devenu. Sans elle, sans ce livre qu’elle m’avait mis dans les mains à ce moment bien précis, je ne sais pas ce que je serais devenu. J’aime croire à cette chaine de possibilités, à ce fil d’Ariane qui me mène de là à ici et maintenant, de mon école secondaire jusqu’à la Suède et la librairie. Ce lien peut-être parfois fragile, voire fantasmé, est pour moi un de ces mythes fondateurs auxquels j’aime croire aveuglément. C’est pourquoi en terminant l’anecdote, toujours autour du feu, je m’étais promis de la retrouver. De la retrouver pour la remercier. Même si j’imaginais qu’il devait être trop courant pour ces enseignants de n’avoir aucune idée de ce qu’advenait des cohortes d’élèves qui déferlaient devant eux, je devais tenter ma chance. Il y a là une réelle profession de foi, celle de croire, d’espérer, que cette transmission de savoir, durant ces quelques mois, saura faire de ces jeunes garçons et jeunes filles, des personnes passionnées. Ayant moi-même remonté le fil de mes passions jusqu’à elle, je me devais de la retracer. Ce que je fis, bien plus tard.

Je me souviens, sans ordre particulier.
— Julian Barnes

En pensant à ce texte, plusieurs exemples me sont venus en tête, d’autres de ces enseignants qui ont marqué mon parcours académique d’une manière ou d’une autre. Que ce soit par l’entremise d’auteurs ou de penseurs, ou simplement à cause d’une façon de penser ou d’être, ces enseignants ont, eux aussi, contribué à la personne et le citoyen que je suis aujourd’hui.

Ce professeur de sciences humaines qui, dès notre quatrième secondaire, nous a initiés aux écrits de Noam Chomsky et à l’importance d’une pensée critique. Celui-là même qui n’a pas eu peur de nous exposer le conflit israélo-palestinien au secondaire ou encore de nous faire réfléchir à l’assèchement de la mer d’Aral au Kazakhstan. Il y a là, avec du recul, une réelle volonté d’éduquer des citoyens, d’élever des esprits.

Ce professeur qui nous interdisait l’utilisation de l’expression « OK » dans sa classe, y voyant là un anglicisme facilement remplaçable par « d’accord ». Il est clair que dans sa classe les jeans laissaient leur place aux denims, alors que le « super » se faisait rare. Les débuts de cours pendant lesquels il distribuait des paroles dactylographiées des chansons de Brassens, Renaud, Brel et compagnie, qu’il nous faisait écouter attentivement, deux fois plutôt qu’une. Ces dictées tirées des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet, qui donnaient du fil à retordre à quiconque n’étant pas à jour dans ses lectures. Je lui dois un amour des lettres et de la langue; le français comme quelque chose de beau et de sacré.

Ce professeur de mathématique qui nous avait accosté à la fin d’une classe, deux amis et moi, pour nous dire en toute franchise qu’on le « faisait chier » à jacasser sans cesse durant ses cours, tout en se « pétant des scores » lors des examens. L’honnêteté avec laquelle il nous avait livré le fond de sa pensée m’avait marqué; soudainement, nous étions plus des enfants. On nous parlait franchement et sans détour.

Et encore cette professeure, cette même qui m’a amené à Kigali, m’a aussi fait navigué sur les eaux lyriques du conte moderne. Elle faisait lire à ses classes Novecento d’Alessandro Barrico, et pour une raison que j’ignore toujours, elle avait décidé de le lire à voix haute à notre classe seulement, et ce, pendant plusieurs périodes. Les lumières éteintes, nos têtes sur nos bureaux, sa voix perçait le calme pour épouser la prose unique de Barrico. Une littérature qui transporte et apaise à la fois, lire comme quelque chose d’envoutant: c’était une leçon primordiale pour les jeunes que nous étions.

Les souvenirs, c’est tout ce qu’il te reste quelquefois, pour sauver ta peau, quand t’as plus rien. C’est un truc de pauvre, mais ça marche toujours.
— Alessandro Barrico

Cette liste pourrait tantôt être longue, tantôt être futile. Pourtant, sous-jacente à cette dernière se trouve une réflexion tant sur l’importance de la transmission des savoirs que sur la nécessité des mentors, mais surtout une ode au rôle de l’enseignant, rôle névralgique s’il en est. Ces derniers ne semblent plus s’élever au statut primordial de passeur qu’ils se doivent d’occuper, s’ils ont à coeur le bien-être des futurs citoyens, le progrès des sociétés. Les exemples qui précèdent, aussi anecdotiques soient-ils, démontrent à la fois le rôle, mais surtout l’impact que ces derniers peuvent avoir sur des adultes en devenir. Si ce texte, voire cet hommage, ne peut renverser la tendance qui se dessine, il peut au moins être une levée de chapeau, un clin d’oeil, un remerciement honnête à tous ces enseignants qui forment des citoyens sans nécessairement saisir la grandeur de leur impact.

***

Mon premier coup de fil à la commission scolaire de mon école secondaire avait été un échec. Quelques jours plus tard, j’appelais toutes celles avoisinantes, question de retrouver cette enseignante. Au rythme des réponses négatives, mes chances de la retrouver s’amoindrissaient. Après cinq commissions scolaires et aucune trace d’elle, il me fallait tenter le tout pour le tout. Je me suis présenté un vendredi matin à mon ancienne polyvalente et j’ai demandé à parler à l’homme qui avait été mon professeur de sciences physiques. Selon mes sources, il travaillait toujours là. Il est descendu au secrétariat pour venir à ma rencontre sans avoir la moindre idée de qui je pouvais bien être; il y des limites à replacer un élève à qui on a enseigné il y de ça près d’une décennie. J’ai rapidement exposé ma quête, sachant qu’un fort lien d’amitié avait déjà uni ces deux collègues de travail. Ne sachant pas trop ce que cette enseignante était devenue, il pensait peut-être encore avoir son numéro de portable avec lui. Nous sommes allés dans sa classe et il m’a refilé ce numéro que j’ai gardé précieusement dans mon portefeuille.

Plusieurs semaines, qui ont en fait formé plusieurs mois, se sont écoulées à la suite de cette rencontre. J’ai repoussé l’appel maintes et maintes fois pour plusieurs raisons, des bonnes comme des mauvaises. Le soleil déclinait un après-midi d’octobre alors que je sacrais en me cherchant du stationnement près de l’université. Après avoir déniché un bel espace, avenue Lacombe, j’ai remarqué que j’étais près de trente minutes en avance sur mon cours. J’ai alors sorti le numéro de téléphone et je l’ai composé sans trop y réfléchir, question de ne pas repousser encore inutilement la chose. À mon grand étonnement, elle a répondu après deux ou trois sonneries tout au plus, alors que je m’étais déjà convaincu que j’allais entendre un message enregistré, c’est-à-dire que j’allais « être forcé » raccrocher. En entendant sa voix, je me suis tout de suite mis à raconter précipitamment le fil de pensée de j’avais retracé: la Suède, la question autour du feu, Kigali, la librairie, les études, etc. Tout cela sans même la laisser prononcer un mot. Je l’ai remercié maladroitement, en lui expliquant l’intention derrière cet appel plutôt particulier. Lorsqu’elle a repris la parole, j’ai entendu une voix enrouée, émotive, qui me pinça à mon tour le coeur. Nous avons mis fin à cette conversation maladroitement, sans même échanger nos numéros de téléphone ou nos adresses courriel.

Il y avait plusieurs mois que cette quête m’importait, et maintenant c’était terminé. Je suis alors sorti de l’auto pour me diriger vers le campus. Je marchais à travers les ombres des bâtiments, enivré par un sentiment d’accomplissement. Tout ça avait donné quelque chose, tout ça avait un sens.