Illustration par Sarah Joannette

Une grande part d’accessoires

À l’essai sur nos tempêtes intérieures les distances dangereuses nos saisons éphémères les dinosaures lunatiques.

Pour Toi.
Et nous passerons des nuits à courir pour chasser les constellations.

There was a bird, brought down to die;
They said, « A hundred fill the sky-
What reason to be sad? »
There was a girl, whose lover fled;
I did not wait, the while they said,
« There’s many another lad. »
Dorothy Parker

L’autre; ce moment où l’on voulait vieillir ensemble.

 

Une odeur de serviette trempe. L’humidité des draps.
Des pieds, des mains, un casse-tête de corps l’un par-dessus l’autre.

 

Dehors.
C’était tout à fait la tempête.
Je ne savais plus comment te recouvrir la nuit et toi, tu tirais sur les couvertures.

 

C’était au temps où les bibliothèques étaient comme ton coeur,
où ton corps était du quotidien fait de concentré.
Tu me faisais croire aux choses possibles.

 

J’ai passé des nuits à courir.
À regarder le ciel pour construire de l’oubli,
se rendre compte que, peu importe, je te confondrai toujours avec le deuil.

 

Tu m’as laissé à la chasse.
Des tracks de toi dans le corps.
On s’est volé ce qu’on avait en passant l’aspirateur dans nos têtes.

 

Avec toi, je n’ai jamais cessé d’entendre la mer fondre.
Tes fantômes y sont toujours.
Et le temps se bombarde chaque matin.
Avec toi, je suis tombée au champ de bataille.

 

Tes peurs réglisses ont tué tous les petits soldats, tu sais, ceux qui ne se retournent jamais.
Il me reste seulement ton nom, écrit avec les pinouches du lite brite.

 

Tu as toujours été ce petit garçon triste,
avec toujours cette sensation, que quelque chose se ferme.
Il sera difficile de voir fondre les chandelles, mais nettoie-moi de cet hiver qui nous use.

 

Le temps est devenu long avec toi.
Nous deux, c’était perdu d’avance.

 

L’autre. Vas-tu partir un jour?
M. Regarde-moi bien aller.

 

Demain, l’automne sera nu devant toi et tu ne diras rien.
Oui. Je n’ai pas réussi à nous rattraper avant.
Mais, tu n’es jamais arrivé, mon amour.

 

Lui; ensemble, la nuit nous rattrapait toujours.

 

L’hiver se brûle les doigts
et j’ai grandi en quelques secondes.
J’ai fermé les rideaux, ce matin.
L’île qui nous sépare est là pour rester.

 

Mes samedis matins ont encore les cheveux mouillés et la voix rauque.
Mais on y reste.
Le lieu éteint au plus intime de soi.
Le coeur en automne.
Les bras comme des couteaux.

 

Reste.
Reste avec ta dernière neige et tes grands vents.
Dehors, je n’arrive pas à tenir debout.
Dehors, les néons se pètent la gueule sur les nuages.

 

On s’éclaire à la chandelle.
La fin du monde demeure une idée souple et l’état des routes t’empêche de partir.

 

M. Toi. Es-tu heureux?

 

Tu ne peux pas être heureux et avoir les yeux qui capotent comme ça. Ton bonheur sonne faux dans les draps, que je replie sur toi. Il manque de sorbet au citron dans tes nuages, pour passer du jour à la nuit. Mais j’ai ce que tu es dans le visage et mon visage je le montre au monde entier tous les jours. Ne-pas-regarder-le-sol. Montrer comme tu es beau. Parce que tu-es-beau. Et je ne reviendrai jamais de mourir. Parce que oui, c’est long.

 

Mais aurait fallu se connaître de loin.
Lorsque les après-midis ont fini par mourir dans la sécheuse.

 

Se dire adieu comme si l’on partait au dépanneur.
Se prendre à demi, entre la vie et le comptoir.
Avec tout ce palpable qui se refuse.
Étire le temps entre deux gorgées.
Il n’y a pas grand-chose dehors.
Le givre nous cache du reste du monde.

 

J’irai pratiquer ma vie, pour le restant de mes jours.
Avec la peur, qui me texte un mercredi sur deux.

 

Tu laisseras toujours des choses chez moi et un incendie de taille parfaite.
Accroché à moi comme à une bouée de sauvetage.
Ton bonheur attendra toujours, tu dis.

 

Ici.
Ce n’est presque jamais mon anniversaire.
Toi, tes journées s’évanouissent avec des pelouses à tondre, des haies à tailler et des files d’attente à combler.

 

Toi; garde-moi proche. Comme un tout petit danger.

 

La nuit a pris forme sur mes cuisses.
En travers les forêts pas de couvertes.

 

Oui.
J’ai toujours eu cette fatigue.
Même le dinosaure au pas de ma porte ne t’a pas empêché d’entrer sans cogner.

 

T’accueillir sans veste pare-balles.
Avec l’odeur du matin entre les mains et les mêmes coins de rue au bord des yeux.
Nous n’avions personne à sauver cette fois.
Avec nos grands soirs de petits matins.
J’en étais à dormir en Jeans pour ne plus rien ressentir.

 

Arrête de tourner.
Tu as un visage de touriste dans mes nuits.
Dessine-moi des petites villes mortes dans le dos.
Quand les ballerines se relèveront. Nous irons peut-être manger des pops à la banane.
Avec rien de plus que le silence.
On a mis nos coeurs en semaine de la construction.
Mais, je peux-tu avoir la meilleure place de parking sur ton corps ?

 

Va-t’en pas.
La vie tourne trop vite dans mon salon.
Quand tu n’es plus là pour m’offrir des bonbons à la banane.

 

Toi. T’as peur parfois, toute seule, dans tes pantoufles?
M. Non. Pourquoi j’aurais peur?
Toi. Je sais pas. Tu es loin au fond de toi, tu pourrais te perdre.
M. Je fais l’inventaire en moi. Je mange des pastilles à la cerise.
Personne ne reviendra foutre le bordel ici d’dans.

 

Aujourd’hui, j’en suis à te regarder dormir par coeur.
Te retenir entre mes doigts.
Je sais. Tu dors mal.
Les temps sont difficiles pour le rêve.

 

Après ma game de solitaire, on repoussera l’heure du dodo,
peu importe la panique qui monte. Et je déposerai toujours un gâteau aux pommes devant ta porte.

 

Dans la maladresse des mains et du café renversé.
Franchir les heures lentes au beau milieu de toi.
Tu as la géométrie d’une face parfaite.

 

Et tu restes là. Dans un monde étrange où la tristesse grimpe parfois au mur.
Alors, on se garde proche comme un tout petit danger.
Avec l’été qui s’immisce en beauté entre nous, on travaillera avec peine, les deux mains dans bouette, le coeur dans l’eau du bain. Une grande part d’accessoires dans les matins tout croches.
Le visage caché dans nos fins du monde.